L'ENCYCLOPÉDIE D'YVERDON ET L'ENCYCLOPÉDIE DE PARIS

La spécificité et l'originalité de l'Encyclopédie d'Yverdon

L'examen comparé des articles et des sujets traités dans l'Encyclopédie de Paris et dans celle d'Yverdon permet de mesurer la spécificité et l'originalité de l'édition de F.-B. De Felice.

Les éditeurs d'Yverdon décèlent de nombreuses faiblesses dans l'Encyclopédie de Paris, et s'empressent de les corriger dans leur propre édition.

Ainsi révisent-ils de nombreux domaines du savoir: la médecine, la philosophie, le droit, l'esthétique et bien sûr, la théologie.

Ils constatent, par exemple dans certains articles de Géographie, l'omission d'importantes villes et monuments italiens. F.-B. De Felice, en tant que défenseur de la culture italienne, réagit, et corrige l'information sur l'Italie, mais aussi celle sur bien d'autres pays d'Europe.

Une nouvelle et importante partie est consacrée à la Suisse, à la description de ses villes, de son histoire, de sa culture et de ses hommes célèbres.

On retrouve également un grand nombre d'articles consacrés à la Pologne, pays dans lequel le pasteur Elie Bertrand, collaborateur de l'édition d'Yverdon, passa de nombreuses années. La culture allemande est bien présente dans l'Encyclopédie d'Yverdon, en particulier grâce à A. von Haller et à V.-B. von Tscharner, protecteurs de F.-B. De Felice et à leurs liens étroits avec Berne et l'Allemagne.

En fait, au XVIIIe siècle, la Suisse tient davantage l'Angleterre, l'Allemagne et l'Italie comme points de référence culturelle.

Les informations publiées sur la Hollande doivent surtout être attribuées aux relations d'affaires existant entre l'éditeur d'Yverdon et les libraires, Gosse & Pinet de La Haye, principaux acheteurs de l'édition suisse.

Les encyclopédistes d'Yverdon compilent aussi de nombreuses biographies d'hommes et de femmes illustres, comme d'auteurs et d'inventeurs ignorés par les encyclopédistes parisiens.

Se distinguer de l'Encyclopédie de Paris

Animé d'un véritable esprit encyclopédique, F.-B. De Felice lit de nombreux ouvrages, il correspond avec des journalistes de toute l'Europe, il est au courant des sources les meilleures et les plus récentes dans chaque domaine.

Pour lui, il s'agit de mieux faire connaître aux lecteurs les autres nations, tout en diminuant le trop grand «franco-centrisme» de l'Encyclopédie de Paris.

Certains articles jugés trop courts sont ainsi nettement plus développés dans l'édition d'Yverdon, d'autres sont réduits, supprimés ou remplacés. Enfin, un grand nombre d'articles originaux sont tout simplement nouveaux.

Le fait de complimenter un pays, pour ses institutions ou ses sciences, constitue aussi un excellent outil de promotion, pour atteindre les pays auxquels De Felice s'intéresse: la Hollande, l'Allemagne, l'Italie, les Etats slaves, etc.

A l'évidence, cette méthode a facilité le travail des libraires, chargés de la vente de l'Encyclopédie d'Yverdon sur ces marchés.

 

Planche Agriculture, Labourage de l'Encyclopédie d'Yverdon. tome 1. 1770